"Fous et folie en France autrefois"

(Revue Nos Ancêtres, Vie et Métiers, n°68 - juillet-août 2014)
Ed. Martin Média

 

Le dossier de ce numéro (53 pages, avec illustrations) est consacré à la perception de la folie, aux lieux d'enfermement et aux thérapies, du Moyen Age jusqu'au début du 20ème siècle.
Dossier élaboré par Isabelle Bernet-Rollande, diplômée de l'Université Paris IV Sorbonne.

A l'occasion de cette note de lecture, je ne saurais trop recommander cette revue dont chaque numéro comporte un dossier historique assez conséquent suivi d'une bibliographie, d'adresses internet et d'expositions, relatives au sujet traité, l'ensemble de la revue ne comportant quasiment pas de publicité. La maison d'édition est la même que celle du Journal des Psychologues.

On connaît l'explication de la folie comme possession par Satan, surtout vers la fin du Moyen Age et aux 17ème et 18ème siècles, mais il ne faut pas oublier d'une part le rôle des fous de Cour et d'autre part la tolérance ayant pu s'exercer vis-à-vis de "l'idiot du village".
Les "insensés" étaient en général gardés par leur famille, et considérés irresponsables pénalement, enfermés mais non exécutés en cas de meurtre, sauf pour crime de lèse-majesté ou blasphème.
Des "thérapeutiques" étaient utilisées: préparations à base de plantes, saignées, hydrothérapie, pèlerinages… Par contre, il y a doute sur l'extraction, par trépanation, de la "pierre de la folie", représentée sur certaines peintures flamandes, car aucun traité médical ne la mentionne.
A la fin du Moyen Age puis sous l'Ancien Régime, les fous dangereux et criminels furent enfermés dans tours et prisons, mêlés aux autres prisonniers.
Progressivement et modestement, au fur et à mesure de leur développement, ce sont les hospices et hôtels-Dieu qui reçurent les personnes dites "insensées".

Aux 17ème et 18ème siècles, les internements se firent en majorité sur demande des familles, mais n'avaient lieu qu'après enquête.
La constitution de services spécifiques fut longue à se réaliser, et les conditions de vie y étaient lamentables. Au 18ème siècle, "...les insensés représentèrent 15% des maisons de force…" Certaines communautés religieuses s'investirent dans leur accueil, notamment les Frères de la Charité de Saint Jean de Dieu. Ce n'est qu'à la fin de ce 18ème siècle que des pensions privées non confessionnelles apparurent à Paris...mais pour une élite fortunée et des malades "tranquilles".
Les dépôts de mendicité (1767) avaient une section pour les insensés, lesquels représentaient 10 à 20 % de la population qui s'y trouvait. Malgré l'insalubrité et la brutalité qui y régnaient, ces dépôts continuèrent à exister sous la Révolution et l'Empire.
Les "thérapies" demeuraient les mêmes que celles citées plus haut, auxquelles on peut ajouter: transfusions sanguines, purgatifs, vomitifs, narcotiques et sédatifs... et différentes inventions comme les fauteuils rotatoires et les trémoussoirs…

Après la dissolution des congrégations religieuses en 1792, il n'y eut aucun dispositif nouveau de prévu et les malades se trouvèrent dispersés en des lieux divers.

Esquirol fait en 1818 un état des lieux des plus noirs et présente sa conception de l'asile comme lieu de soins.
Toutefois, malgré les avancées faites par Esquirol et son maître Pinel (dont reste célèbre le geste, mythique, d'avoir délivré les aliénés de leurs chaînes), le temps des asiles ne fut guère meilleur pour ceux qui s'y trouvèrent placés, avec le recours à la camisole, aux douches, à l'électricité… Encore que commencèrent des pratiques telles que les ateliers, le théâtre, les fanfares et écoles de musique…
De façon générale, la surpopulation (passage de 3,3 internés pour 10000 habitants en 1834 à 10 vers 1870 et 20 vers 1935, alors qu'il était de 0,7 sous Louis XIV), le taux réduit de "guérisons", les internements arbitraires, sa fonction plus répressive que soignante, firent de l'asile la cible de nombreuses critiques.
Quelques expériences institutionnelles innovantes allèrent toutefois vers une certaine libéralisation (colonie de Gheel en Belgique, colonie agricole de Fitz-James dans l'Oise, par exemple, dont on peut consulter les documents sur Gallica).

C'est au cours du 20ème siècle (mais en particulier après la seconde guerre mondiale) que les changements furent essentiels, le no restraint et l'open door anglais faisant de plus en plus d'adeptes. Le premier service ouvert dans un asile, dirigé par le docteur Edouard Toulouse, fut créé à l'hôpital Ste Anne en 1921.

 

La revue L'Histoire avait consacré son n° 51 d'Avril 2011 au même sujet,
intitulé:
La Folie, d'Erasme à Foucault


Maurice Villard
Août 2014