Philippe Dehaene

La grossesse et l'alcool

(PUF, 1995, coll. "Que sais-je?")


Voir également sur la présente page

Un enseignement adapté aux enfants atteints du syndrome d'alcoolisme foetal.
Une étude publiée dans la Revue "Nature"
Un nouveau test pour détecter le syndrome d'alcoolisme foetal
Quelques sites sur le syndrome d'alcoolisme foetal

Je remercie Alain Dehaene de m'avoir adressé cet ouvrage écrit par son père, Philippe Dehaene, pédiatre et médecin honoraire du Centre hospitalier de Roubaix.

L'auteur cite d'abord les principales recherches qui - depuis la thèse de médecine de Nicloux en 1900, établissant que << l'alcoolémie du foetus est sensiblement égale à celle de sa mère et... voisine de celle du liquide amniotique >> - ont toutes montré les effets tératogènes de l'alcool sur l'embryon et le foetus, d'où l'expression européenne d'"embryofoetopathie alcoolique" pour désigner le "syndrome d'alcoolisme foetal".

Ce syndrome se caractérise par:

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Un enseignement adapté aux enfants atteints du syndrome d'alcoolisme foetal
(note d'informations transmise par Régis Henry)

Ces derniers mois, l'école David Livingstone à Winnipeg (Canada), a fait l'objet de plusieurs reportages télévisés, du fait des résultats intéressants qu'elle obtient avec son programme destiné aux enfants atteints du syndrome d'alcoolisme foetal.
Au Canada 65000 enfants ont ce diagnostic. Partie visible de l'iceberg, car un grand nombre d'enfants sont mal ou pas diagnostiqués. Ceci parce qu'il y a trop peu de spécialistes qui connaissent ce syndrome et parce que souvent les comportements sont interprétés comme autant de passages à l'acte.
En fait, chez ces enfants, les comportements seraient l'expression d'une frustration due à leur cerveau endommagé, selon un spécialiste canadien. Ces enfants sont distraits, oublieux, souvent hyperactifs, présentent un déficit intellectuel plus ou moins grave.
Un handicap encore dans le placard, déclare l'un des professeurs... Beaucoup de communautés ne veulent pas en parler, parce que c'est le seul handicap qui étiquette la mère autant que l'enfant, déclarait l'un des professeurs au cours d'une interview. Elle parle d'expérience. Une expérience de première main, son fils ayant le syndrome d'alcoolisme foetal.
Au Canada les spécialistes, les associations qui s'occupent de ces enfants recommandent aux futures mères de ne pas boire une seule goutte d'alcool pendant la grossesse, et si possible avant, pour ne pas endommager l'embryon. Certains n'ont pas peur de dire que c'est un crime que commettent les mères. Un crime parfaitement évitable, qui coûte très cher à la société socialement, financièrement. Les diverses populations autochtones sont sévèrement touchées mais ne sont pas les seules.

L'école Livingstone abrite deux classes, comprenant plusieurs niveaux. L'une de la dernière année de la maternelle au cours élémentaire, l'autre du cours élémentaire 2 à la classe de sixième.
Les deux classes ont un faible effectif.
Le professeur enseigne avec l'aide d'un assistant pédagogique, présent constamment dans la classe.
Le programme porte une attention particulière à l'apprentissage des comportements sociaux, des comportements individuels, et à celui des connaissances.
Le professeur suit un agenda bien précis, et un programme très structuré, pour éviter que les élèves dispersent leur attention. Avec un plan d'enseignement spécifique pour chaque élève. De manière qu'ils comprennent que le succès n'a pas de limite.
En classe, des routines quotidiennes strictes et des comportements clairs, conséquents, attendus de leur part, et un suivi sérieux pour les comportements inappropriés. Les comportements constamment renforcés par l'enseignant, l'assistant et le personnel de soutien, avec des conséquences logiques.
Deux fois par semaine les élèves travaillent avec un orthophoniste.
Une fois par semaine, en classe, ils ont une activité thérapeutique occupationnelle. En outre, le programme maintient un contact étroit avec les parents et la communauté.
Les élèves ont aussi l'occasion de faire des sorties pour avoir un contact avec le monde extérieur, et recevoir un enseignement pratique.
Par ailleurs les élèves plus âgés doivent apprendre à s'occuper des plus jeunes.
La tâche du personnel consiste aussi à faire comprendre à chaque élève les problèmes particuliers dus à sa condition, et lui faire comprendre qu'il a besoin de développer ce que les professeurs appellent "un cerveau externe" (il faut sans doute comprendre par cette expression: "des savoir-faire substitutifs").
Dans les classes, outre la partie principale, les èlèves disposent de trois centres: puzzles et jeux, ordinateur, et bibliothèque / le coin tranquille (où l'élève peut se retirer s'il est trop stressé, fatigué, ou autre).

L'aspect le plus caractéristique de la classe, comme le montrent les images des reportages, c'est le fait que l'enseignement se déroule dans un environnement où les stimulations sont réduites au minimum.
Premièrement, tout le matériel pédagogique, les appareils, les tableaux, les meubles sont recouverts avec des draps ou des housses d'une couleur uniforme : bleu clair, lavande, ou d'un bleu plus foncé. Seul est visible le matériel pédagogique utilisé pour la leçon en cours. Pendant son utilisation, par exemple le lecteur de cassettes ou de disques compacts demeure sous la housse bleu. Tout ceci, afin de limiter les sources de distractions pour les enfants, qui les empêchent de se concentrer sur l'apprentissage. De plus, la couleur bleu a un effet apaisant sur les enfants.
Deuxième caractéristique intéressante, le niveau d'intensité de la lumière. Avec un faible éclairement de la classe, les élèves sont moins gênés par la lumière qui semble fortement perturber le comportement de ce genre d'élèves. Le trop de lumière serait vécu par eux comme une agression, cause d'un stress élevé, de leur distraction. Les élèves plongés dans ce type d'éclairage atténué ont ainsi par exemple moins de maux de tête, et s'en plaignent moins. Les professeurs constatent qu'ils sont beaucoup moins distraits, plus calmes et apprennent plus facilement.
Dans ce contexte, ces enfants parviennent à apprendre à lire, à écrire, à faire des mathématiques, mieux qu'ils ne le font habituellement. D'où l'intérêt porté à cette "expérience".

Pour l'un des enseignants, les stratégies doivent être apprises très jeunes pour que ces enfants aient une chance d'avoir un avenir meilleur.
Le problème qui se pose maintenant, c'est de créer un programme, des classes, pour que ces élèves puissent continuer leur éducation, leur apprentissage, au-delà de la classe de sixième.

________

Voir au sujet du syndrome de l'alcoolisme foetal le site, en français, sur la santé, du gouvernement canadien. Vous y trouverez par exemple, les articles ci-dessous à : http://www.hc-sc.gc.ca/hecs-sesc/sca/

- Meilleures pratiques : Syndrome d'alcoolisme foetal/effets de l'alcool sur le foetus et les effets des autres drogues pendant la grossesse (mai 2001) voir à : http://www.cds-sca.com

- Analyse de la situation : SAF/EAF (mai 2001)

- Nutrition pour une grossesse en santé : Lignes directrices nationales à l'intention des femmes en âge de procréer.

- Séances d'information et de rétroaction, sur l'initiative de Santé Canada en matière de SAF/EAF : Rapport de synthèse national (juin 2000).

- Déclaration conjointe : Prévention du syndrome d'alcoolisme foetal et des effets de l'alcool sur le foetus au Canada.

- La connaissance des effets de la consommation d'alcool pendant la grossesse et du syndrome d'alcoolisme foetal (janvier 2000).

- La stratégie canadienne antidrogue.

- On sait que le bébé peut subir les effets de l'alcool que sa maman consomme pendant la grossesse mais quels...
Élaboré par le Centre canadien de lutte contre l'alcoolisme et les toxicomanies. Source: Réseau canadien de la santé.

Transmis par Régis Henry
Février 2004

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La mère boit, l'enfant trinque...
un vieux dicton qui est devenu une triste réalité prouvée scientifiquement...


Résumé de l'article publié dans Nature le 18 novembre 2002 par : INGRID HOLMES
(transmis par Régis Henry)

Très peu d'alcool pourrait endommager le foetus.
Une étude sur les rats indique qu'un verre d'alcool par jour, pendant la grossesse, pourrait être dangereux.

Une étude suggère que même une petite quantité d'alcool pendant la grossesse peut affecter le cerveau du bébé. Un groupe de rats adultes a échoué à un test de navigation. Leurs mères avaient consommé une quantité d'alcool pendant leur grossessse, qui était équivalente à un verre par jour pour un être humain, pendant les six premiers mois.
Le Royal College of Obstetricians and Gynaecologists en Grande-Bretagne conseille aux femmes enceintes de limiter la quantité d'alcool absorbée quotidiennement à un petit verre de vin, ou de bière, ou de spiritueux. Ceci afin de réduire le risque du syndrome de l'alcoolisme du foetus, se traduisant par des difficultés d'apprentissage et du comportement.
La recherche sur les rats du professeur Savage et de ses collègues à l'University of New Mexico Medical School, suggère qu'il y a peut-être des effets plus subtils, causés par de faibles quantités d'alcool, qui deviennent évident seulement plus tard dans la vie, alors que des tâches plus complexes sont entreprises.
"Les déficiences comportementales qui apparaissent chez les rats sont comparables à celles rencontrées chez les humains" selon le professeur Goodlett de l'Indiana University-Purdue University, Indianapolis. Mais il fait remarquer "Qu'il y a un énorme fossé entre les périodes de gestation des rats et des humains, et que nous devons être prudents quant à une extrapolation excessive des données."
Savage et ses collègues ont aussi découvert que le niveau du glutamate était altéré chez ces rats. Le niveau de ce messager essentiel dans les molécules, était un tiers plus bas que la normale dans l'hippocampe, la région du cerveau qui est responsable de l'apprentissage et de la mémoire.
Donc quelle est la quantité d'alcool qui est sans danger ?
"Nous ne connaissons pas le nombre magique ", dit Savage, " En l'absence d'information précise, il est préférable de s'abstenir " ajoute-t-il,. "Pourquoi courir le risque ?"

Notes du traducteur.
Dans le doute, s'abstenir.... Tolérance zéro, les mots d'ordre de certains groupes de militants canadiens, qui considèrent, que ce que font les femmes enceintes qui boivent de l'alcool, est tout simplement criminel. Un crime facilement évitable. Le genre de recherches ci-dessus tend à leur donner raison.
On connaît depuis l'affaire de la thalidomide au début des années soixante, les effets dévastateurs des substances nocives sur les embryons humains.
Les recherches ont démontré que les toxines comme le plomb et l'alcool peuvent endommager le f¦tus, et déclencher des problèmes de développement pendant l'enfance.
Ces dernières années, des recherches sur les animaux ont montré que les drogues qui diminuent l'activité des cellules cérébrales, telles que l'alcool, certains anesthésiques, et médicaments anti-épileptiques, incitent les cellules à se suicider. Ces cellules sont particulièrement vulnérables chez les bébés de la mi-grossesse à l'âge de deux ou trois ans.
Mais une étude récente montre que ces dégâts peuvent causer des désordres qui frappent plusieurs décennies plus tard. Les résultats indiquent que des bébés, qui ont été exposés au plomb dans la matrice maternelle, ont un risque plus élevé de schizophrénie à l'âge adulte (Opler et al., 2004). Et des résultats préliminaires de cette recherche suggèrent que l'influenza contracté pendant la première moitié de la grossesse augmente aussi le risque de la schizophrénie chez les adultes.

Qu'en est-il des effets du tabagisme, ou de l'exposition à la fumée du tabac (Matt, G. E. et al., 2004), des drogues, des polluants sur les embryons, et leur développement mental à court et à long terme ?
Des chercheurs se penchent actuellement sur l'effet de l'alcool sur les spermatozoïdes, et des répercussions sur l'embryon. Les parents boivent... les enfants trinquent... Une nouvelle étape de la recherche.

Réferences
Savage, D. D., Becher, M., de la Torre, A. J. & Sutherland, R. J. Dose-dependent effects of prenatal ethanol exposure on synaptic plasticity and learning in mature offspring. Alcoholism: Clinical and Experimental Research, 26, 1752 - 1758, (2002).
Opler, M. G. A. et al. Prenatal lead exposure, -aminolevulinic acid, and schizophrenia. Environmental Health Perspectives, doi:10.1289/ehp.6777, (2004).
Matt, G. E. et al. Households contaminated by environmental tobacco smoke: sources of infant exposures. Tobacco Control, 13, 29 - 37, doi:10.1136/tc.2003.003889 (2004).


Transmis par Régis Henry
Mars 2004

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Un nouveau test pour détecter le syndrome d'alcoolisme foetal.
(transmis par Régis Henry)

Une étude canadienne alarmante révèle que le taux du syndrome d'alcoolisme foetal est beaucoup plus élevé que ce que celui qui a été estimé.
Les chercheurs ont un nouveau moyen pour détecter combien de bébés ont été exposés à l'alcool in utero - et par conséquent sont en danger de développer des lésions cérébrales permanentes, correspondant au syndrome d'alcoolisme foetal.
L'étude a été présentée à la réunion annuelle de la Société Américaine de Pharmacologie Clinique et de Thérapie, à Orlando, en Floride.
Lors d'études précédentes il a été demandé à des mères quelle était la quantité d'alcool qu'elles avaient bu pendant la grossesse - donc la précision des études dépendait de l'honnêteté des réponses de la mère.
Maintenant, les checheurs ont mis au point un test objectif mesurant l'alcool contenu dans les premières selles du nouveau-né, ou méconium.
800 bébés ont été testés en Ontario et les médecins ont rapporté que 10 fois plus de mère, qu'ils ne le suspectaient, ont bu un montant significatif d'alcool pendant leuir grossesse.
Le docteur G. Koren de l'Hôpital des enfants malades a déclaré : « Lorsque nous obtenons un résultat positif, cela signifie que la mère a beaucoup bu, dans un contexte d'alcoolisme. Nous n'obtenons pas ces résultats lorsque la mère n'a bu qu'un ou deux verres. »
Déterminer si un nouveau-né a été exposé à de larges quantités d'alcool pendant son développement foetal, à partir des traits anormaux de son visage, est inadéquat. Car la plupart des enfants ne présentent aucun de ces traits.
Malheureusement jusqu'à présent il n'y avait aucun test pour dire si oui ou non un enfant a été en contact avec une grande quantité d'alcool in utero.

Beaucoup d'enfants ne présentent aucun problème lié au syndrome jusqu'à ce qu'ils aillent à l'école, où ils commencent à présenter des difficultés d'apprentissage et des troubles du comportement.
Pour le docteur Koren, 60 à 70 % des enfants souffrant du syndrome d'alcoolisme foetal ont une attention déficiente, et un risque élevé de problèmes : mentaux, comportementaux, et sexuels.
Des études ont montré qu'un programme de traitement précoce peut aider les cerveaux des enfants atteints du syndrome d'alcoolisme foetal à se développer plus normalement.
Deux études faites à Vancouver démontrent que l'exercice peut réparer les dégâts causés par l'alcool.
De jeunes rats de mères rendues alcooliques accomplissaient mieux les tâches après de l'exercice (roue). Une deuxième étude a montré que de nouvelles cellules nerveuses apparaissaient dans le cerveau après l'exercice.

Mars 2005.

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Quelques sites sur le syndrome d'alcoolisme foetal

Sites en Français

FASAE
(avec une contribution du Dr Philippe DEHAENE)

La page sur le SAF du site "Groupement Régional d'Alcoologie et d'Addictologie" du Nord Pas de Calais

SAFERA

Page de la Direction générale de la santé du Canada

Déclaration du Comité d'étude du foetus et du nouveau-né de la Société Canadienne de Pédiatrie

Centre Canadien de Lutte contre l'Alcoolisme et les Toxicomanies

Sites en anglais

Fetal Alcohol and Drug Unit

FAS World

Motherisk

Journal of FAS International