Bernard Douet

Evaluer et prendre en charge les troubles de la pensée chez l'enfant
Méthode de développement des contenants de pensée

(Dunod, 2003)

Psychologue et Maître de conférences à l'Université René Descartes, Bernard Douet a publié en 2001, aux éditions du Centre de Psychologie Appliquée, un matériel et une " méthode " appelés DDCP (Développement Des Contenants de Pensée) destinés à la prise en charge des troubles de la pensée de l'enfant.
Son livre, <<Evaluer et prendre en charge les troubles de la pensée chez l'enfant>>, déploie les concepts sur lesquels repose cette technique et présente les premiers résultats de son application.

En tant qu'instrument de remédiation cognitive, le DDCP s'inspire des apports piagétiens et de différents programmes d'orientation cognitiviste (Feuerstein, Audy, Haywood…), des conceptions de Vygotsky et Bruner, des théories de Steinberg et Kaufman sur l'intelligence.
Mais son originalité tient aux emprunts faits aux travaux psychanalytiques, ceux de Bion et Winnicott notamment.
Dans la ligne de ces auteurs - et d'autres, comme Anzieu, Houzel, Gibello - Bernard Douet opte pour une approche psychopathologique des troubles de la pensée, ceux-ci étant le résultat d'un mauvais développement de l'appareil psychique au sein des interrelations précoces, ou de mécanismes de défense. << C'est la constitution impossible ou très perturbée de l'objet rassemblé et permanent, et les troubles de la délimitation entre l'interne et l'externe qui constituent la base du dysfonctionnement pathologique de la pensée.>> (page 53)

L'auteur se place dans une perspective intégrative et vise, par l'outil DDCP, à faciliter les échanges entre processus primaires (fantasmes inconscients) et processus secondaires (pensée logique), à restaurer la jouissance à penser, à permettre un aller-retour entre interne et externe.
Dans un climat de " jeu " et d'accompagnement psychique, << le thérapeute essaie de comprendre ce que l'enfant apporte…, tente d'y mettre du sens en fonction des séances précédentes ou de ce qu'il sait du cas de cet enfant, de son histoire et de ses symptômes (il relie les choses entre elles).>>
Il s'agit d'établir des liens et des concordances là où la pensée est dans le discontinu et la déliaison. Etablir des liens temporels, spatiaux, logiques et entre l'externe et l'interne. Travailler la notion de "but" et les rapports de cause à conséquence. Trouver des canaux de communication variés, des supports différents pour résoudre des exercices équivalents. Avoir même recours, si besoin, à la mise en scène des situations et au jeu théâtral.
Le but est d'améliorer le fonctionnement de la pensée en variant les supports (images, dessins, photos, figures géométriques) et en essayant de prendre en compte les éléments fantasmatiques sous-jacents.

Le DDCP se démarque d'une remédiation cognitive "traditionnelle" car son objectif n'est pas uniquement d'obtenir une amélioration des compétences intellectuelles ni seulement une stimulation du développement cognitif - même si le déroulement d'une séance est assez voisin (discussion sur ce qu'il faut faire, suivie d'une phase d'entraînement, elle- même suivie d'une phase d'appropriation) - mais d'amener aussi à un travail de mise en sens.
Il s'inscrit dans un cadre thérapeutique " contenant " qui fixe des limites et instaure un climat positif où la notion de plaisir domine. Les situations de réflexion proposées doivent être suffisamment ouvertes pour permettre une lecture à double sens, logique et affective, et peuvent être présentées sous différentes modalités afin d'induire une approche plus "corporelle" et ludique que scolaire, sous la forme, par exemple, de mimes ou de jeux de rôle.

Le DDCP peut être utilisé en individuel ou en petit groupe de trois ou quatre enfants.

Le matériel est constitué de nombreuses fiches regroupées en quatre ensembles :

1. Le fichier "encodages" est destiné à entraîner l'enfant à sélectionner des indices, à les structurer, à regrouper des figures selon tel ou tel critère, à trouver l'intrus (ce qui n'est "pas pareil"), à mémoriser des positions, à différencier la figure du fond, à changer de point de vue…
Il s'agira par exemple de décrire une forme ou une image puis de la retrouver dans un autre contexte ou parmi d'autres qui sont partiellement différentes.
2. Le fichier "catégorisation" permet de travailler les ressemblances et différences, de constituer des classes, de les croiser, de changer de critère de classification. Il faut là hiérarchiser les indices afin de passer du particulier au général.
3. Le fichier "mise en relation" présente des situations plus ou moins proches évoquant la transformation de celles-ci, leur possible ou impossible réversibilité.
Par exemple, une flèche relie un arbre à feuillage vert à un arbre à feuillage jaune. Autres exemples : un bébé est sur une table à langer et, sur le dessin d'à côté, il se trouve dans les bras de sa mère ; un personnage est habillé, à gauche d'une cabine de bain et en maillot à droite de celle-ci…
4. Le fichier "émotions et conflits" est constitué d'une part de fiches qui induisent l'identification des émotions à partir de visages exprimant par leurs mimiques divers sentiments; et d'autre part de planches comprenant, sur leur partie supérieure, un dessin évoquant une situation de conflit psychique, et, au dessous, plusieurs dessins présentant différentes solutions possibles à ce conflit.

Une recherche sur l'impact du DDCP a été faite en 1997, avec le concours de psychologues scolaires, en milieu scolaire pour les trois quart de l'effectif et en institutions de soins (CMPP, hôpitaux de jour…) pour un quart.
De façon globale, l'application du DDCP a eu des effets positifs, entre autres sur les résultats obtenus au WISC III. Mais Bernard Douet souligne que les résultats quantitatifs doivent être pris avec précaution parce que le groupe témoin était trop éloigné du groupe expérimental.
Les principaux changements portent surtout sur les attitudes scolaires des enfants, la confiance en soi, l'adaptation au groupe.

L'auteur du DDCP et ceux qui ont contribué à la recherche se sont posés la question de savoir si l'on pouvait parler, en ce qui concerne l'utilisation de cette méthode, de psychothérapie.
Le DDCP, dit B.Douet, est une forme de travail thérapeutique car il s'agit d'accueillir tout ce que les enfants ont à dire; car il n'y pas de jugement sur ce qui serait des bonnes ou des mauvaises réponses; car est établi un cadre précis concernant les séances (lieu, temps, non passage à l'acte…) mais que n'est pas recherché un enseignement, que toute latitude est laissée au thérapeute et aux participants dans le choix et la succession des fiches; car il s'agit, enfin, de mettre en œuvre ce que Bion appelait la fonction "alpha": << re-présenter à l'enfant sa pensée structurée.>> << La fonction thérapeutique telle qu'elle est envisagée dans le DDCP, écrit Douet, c'est en grande partie la capacité du thérapeute à contenir les angoisses du patient, et surtout à ne pas se montrer débordé par les projections négatives. C'est très exactement la fonction maternelle qui est décrite par Wilfred Bion.>> Mais, <<contrairement aux psychothérapies classiques, le DDCP a cette particularité qu'il existe un support cognitif dont la fonction est précisément d'endiguer le pulsionnel.>>(page 180)

En fin d'ouvrage, différents cas cliniques illustrent l'utilisation de ce matériel et témoignent de son intérêt.
Il s'agit de prises en charge d'enfants présentant des inhibitions de pensée, des dysharmonies cognitives, des handicaps sensoriels
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Aline André et Maurice Villard
Décembre 2004

Titulaire du DESS de psychologie de l'enfance et de l'adolescence, Aline André a une formation en psychologie du développement et effectue des remédiations cognitives.
Nous avons profité de la sortie du DDCP pour travailler ensemble avec un petit groupe d'adolescents d'IME présentant d'importantes difficultés cognitives.

Note de novembre 2007: ce travail hebdomadaire a duré cinq ans. Nos réflexions respectives sont en ligne sous le titre:
"Réflexions sur la pratique du DDCP avec des adolescents présentant d'importantes difficultés cognitives "