Panorama du développement psychoaffectif de l’enfant

(présentation succincte et très partielle)

 

Avant même de naître

L’enfant préexiste dans l’imaginaire familial (parents, grand-parents...), la plupart du temps comme enfant idéalisé qui viendra conforter, prolonger, voire réparer le narcissisme parental.

Il est également inscrit dans ce qu’on appelle “le Symbolique”; c’est-à-dire qu’il va occuper une place socialement définie (fils ou fille de..., dans une culture et un groupe social particulier, dans la succession des générations). Cette inscription symbolique se fait par la nomination. Dans nos sociétés le Nom de Famille représente cette inscription. Le prénom quant à lui ressort à la fois des registres symbolique et imaginaire puisqu’il est culturellement obligatoire et individuellement choisi (pour des raisons partiellement inconscientes).

Pour accéder progressivement à l’autonomie psychique l’enfant réel ne devra être: ni totalement submergé par “l’enfant imaginaire” parental, ni en complet décalage ( ce dernier cas se produisant souvent lorsqu’il y a un handicap).

 

0 à 3 mois.

L’écart massif entre les compétences perceptives du nourrisson ( discrimination de la voix de la mère; sensibilité aux indices prosodiques, comme l'intonation et les accents...; reconnaissance olfactive; perception des différences de forme et de taille des objets...) et son immaturité neuro-motrice le rend totalement dépendant de l’adulte. Ce dernier devra interpréter ses manifestations comportementales  (déterminer par exemple si ses cris ou ses pleurs sont l’expression de la faim ou de coliques ou d’autre chose ) et devra le protéger des agressions externes et internes (la cause de ces dernières étant plus difficile à repérer).

C’est par la rythmicité et la permanence des interactions avec l’adulte que le nourrisson se constitue sans doute le sentiment d’une continuité d’existence.

Sur ces premiers temps de la vie, sur la naissance du psychisme, de nombreuses constructions théoriques ont vu le jour, à partir d’une part d’études de pathologies du premier développement ( l’hospitalisme décrit par Spitz est le plus connu ) ou d’enfants plus âgés, et d’autre part de l’observation du nourrisson.

Certaines hypothèses font état d’ “éprouvés” ( c’est-à-dire de sensations de plaisir ou de déplaisir mêlées aux perceptions tactiles, sonores, visuelles, olfactives, coenesthésiques, proprioceptives...) qui seraient d’abord sans liens entre eux et qui s’organiseraient, se relieraient progressivement au cours du temps.
 La mémorisation de ces “éprouvés” engloberaient à la fois ce qui est ressenti corporellement, la sensation de plaisir ou de déplaisir et l’objet extérieur qui “provoque” ces sensations et ce plaisir ou déplaisir.
 Si l’on prend l’exemple de la tétée, le nourrisson ferait l’expérience d’un “éprouvé” où le sein qu’il tète ( l’objet extérieur) n’est pas séparable pour lui de ce qu’il ressent sur le plan gustatif, de l’odeur de la personne qui le nourrit, du regard de celle-ci, de la façon dont il se sent tenu, de ce qu’il entend, etc... Tout cela ne faisant qu’un pour lui et restant comme traces indissociables. Et ce, parce que l’objet extérieur n’est pas encore différencié de soi.
 Dans cette perspective, certains refus alimentaires et certains troubles de la sphère orale pourraient se comprendre comme l’évitement d’une expérience de déplaisir intense concernant cette zone qui resterait ensuite désinvestie ( on pense bien sûr, entre autres expériences de déplaisir extrême, au gavage).

Ces hypothèses sont intéressantes parce qu’elles nous permettent en partie de comprendre comment le malaise de l’adulte peut se transférer dans le corps de l’enfant ou au contraire comment sa présence, son contact, ses paroles, peuvent le consoler et le sécuriser; de comprendre aussi l’impact à long terme de ces “éprouvés” (surtout s’ils se répètent) par les traces qu’ils laissent dans ce qu’on pourrait appeler la mémoire corporelle de l’individu, à une époque où il ne peut penser, se représenter, ce qu’il éprouve. Il faut en effet insister sur le fait que le nourrisson n’a pas de moyen de compréhension de ce qui se passe pour lui, n’a pas la possibilité de prendre de la distance et de donner une signification.

C’est pourquoi de nombreux auteurs ont souligné combien il était important pour le bébé que l’adulte lui apporte une “sécurité de base”, une “enveloppe”, qu’il filtre ce qui peut l’agresser, qu’il pense en quelque sorte pour lui . « Penser pour lui » veut dire ( comme indiqué plus haut) essayer par empathie de savoir ce qu’il ressent et ce qui provoque par exemple ses refus ou ses pleurs; ce qui n’est pas simple et prête au malentendu car l’adulte aura tendance à interpréter les comportements du nourrisson en fonction de sa propre histoire, de ce qu’il a lui-même vécu. Les pleurs du bébé seront compris par certains comme une détresse, et par d’autres comme un caprice ou une “intention” négative (“il doit le faire exprès”).

 

3 à 6 mois.

Sourire socialisé ( 2-3 mois): l’enfant répond par un sourire au sourire qu’on lui adresse.

Réaction à l’étranger (entre 5 et 8 mois): manifestation d’une crainte ou d’une sidération face à une personne étrangère, indiquant que la distinction entre la mère (ou le substitut maternel) et une personne inconnue est établie. Autrui est alors reconnu dans sa totalité et non plus seulement par des indices. L’angoisse de séparation est effective.

 

6 mois à 2 ans.

Station assise... Puis marche (entre 10 et 16 mois environ)...

Catégorisation des voyelles dans la langue maternelle (5-7 mois); début de compréhension de mots dans un contexte (8-10 mois); compréhension de phrases simples (12-16 mois); expression du “Non” (vers le 15 ème mois)...

Apprentissage de la propreté ( au cours de la 2ème année).

En prenant une plus grande autonomie motrice, l’enfant se heurte à des interdits plus nombreux, s’identifie à la personne interdictrice et reprend le “non” à son compte, se confronte et s’oppose, dans une recherche de toute puissance mais avec aussi la crainte de la perte d’amour. L’apprentissage du contrôle sphinctérien peut être, on le sait, un enjeu dans ces échanges où le « pour me faire plaisir » peut alterner avec la contrainte ou la menace. Freud avait appelé cette période: “stade sadique-anal”.

Cette période de 6 mois à 2 ans est dite aussi “phase du miroir” car c’est au long de ces mois que se développe la conscience de soi.

Henri Wallon avait souligné que l’enfant parvenait à une image unifiée et cohérente de son propre corps en l’extériorisant sous forme d’image indépendante.

Par ses travaux expérimentaux René Zazzo a dégagé 4 grandes étapes:

1) identification de l’autre dans le miroir (entre 3 et 6 mois);

2) intérêt de l’enfant pour sa propre image dans le miroir, image qu’il prend pour un autre enfant (fin de la 1ère année, début de la seconde);

3) malaise et évitement devant son image (entre 16 mois et 2 ans);

4) identification de soi ( entre 18 mois et 2 ans 1/2 ).

La qualité virtuelle des images spéculaires (images dans le miroir) restera cependant longtemps incertaine puisqu’à 3 ans et demi certains enfants vont encore chercher derrière le miroir les personnes dont ils voient le reflet.

Lacan a quant à lui insisté sur le fait que l’image spéculaire était structurante car elle présente à l’individu une forme unifiée de lui-même, mais qu’elle était en même temps “leurrante” et aliénante car elle est irréelle et que l’enfant s’identifie primitivement à cette image virtuelle qui porte les projections de l’entourage. Il s’identifie en effet à cet autre du miroir et aura tendance par la suite à se voir et à se considérer comme son entourage le voit et le considère; et ce au travers des conduites et des paroles qui lui sont adressées. Autrement dit, cette image que l’enfant va identifier comme étant lui-même, elle est, partiellement au moins, celle de l’enfant imaginaire des parents.

Cette phase du miroir est à comprendre comme modèle explicatif, l’essentiel étant que l’identité se constitue par l’Autre ( qui donne sens à ce que voit et ressent l’enfant); qu’elle est un dédoublement de soi, une représentation de soi, une “réflexion”. L’identité ( cette re-connaissance de soi) est un nouage entre corps réel (ce que l’enfant ressent physiquement), image de soi issue des projections imaginaires des adultes (qu’on peut appeler “Moi”) et sujet parlant (ou “je”) qui accède au langage (au Symbolique).

D’une relation duelle mère-enfant il y a passage à une relation médiatisée, une séparation se constituant entre le sujet et l’autre ( ce qu’on appelle individuation ) mais aussi entre le sujet et lui-même. C’est à partir de ce moment ( de la prise de conscience de soi ) que l’individu peut se penser, se représenter lui-même ( en dessin, en rêve, s’imaginer ailleurs que là où il se trouve, ou en un autre temps).

Winnicott a souligné l’importance, au cours de ce processus d’individuation, des objets transitionnels ( peluche, bout de tissu, etc...) qui vont en quelque sorte remplacer la mère en son absence ( la re-présenter). L’enfant se crée une aire d’illusion qui lui permet de tolérer la séparation.

L’espace transitionnel fait partie, selon Winnicott, à la fois de la réalité interne du sujet et de la réalité externe. Le jeu, notamment le jeu symbolique ( faire semblant d’être tel ou tel personnage ), sera le phénomène transitionnel par excellence puisqu’à travers lui l’enfant assimile la réalité externe et projette sa réalité interne ( ses fantasmes ). Le jeu symbolique étant précédé par celui de la disparition/réapparition.

 

2 ans-6ans. Phase oedipienne.

Elle est fondamentalement une triangulation, et en ce sens elle prend racines dans la période précédente. Entre l’enfant et la mère doit s’inscrire un Tiers, doit s’inscrire l’interdit que l’un et l’autre se possèdent ( interdit de l’inceste ).

Cet interdit, associé à la découverte de la différence des sexes, introduit l’enfant au conflit oedipien, c’est-à-dire au jeu des identifications et contre-identifications ainsi qu’à l’ambivalence amour-haine et à la culpabilité.

Au terme de cette période l’enfant devra avoir accepté: 1) de ne pas être Tout, et en particulier d’accepter d’être garçon ou fille, donc d’être porteur d’un manque; 2) de ne pouvoir posséder le parent de l’autre sexe (ni d’ailleurs celui de même sexe).

Ces deux contraintes principales ne sont acceptées que parce que la réalisation du désir est promise pour plus tard, “quand tu seras grand”.

 

L’enfant entre alors dans la “phase de latence” (7-12 ans).

Le relatif apaisement des pulsions, leur sublimation, le passage d’une logique pré-opératoire à une logique opératoire incluant notamment la notion de réversibilité, lui permettent de s’engager sur le parcours de la scolarité primaire, qui n’est pas sans écueils.

 

L’adolescence.

La puberté, avec ses modifications physiologiques et anatomiques, déséquilibre le sujet car d’une part l’image du corps est profondément modifiée et d’autre part les désirs oedipiens deviennent réalisables. L’adolescent doit se défendre contre ces résurgences, se distancier et se distinguer de l’adulte, en particulier des parents, trouver de nouveaux appuis identificatoires ( copains, “idoles”...), chercher du côté du réel ( par exemple du passage l’acte, de la prise de risque) des repères tangibles afin de ne pas sombrer avec ceux qu’il avait jusque là et qui se dérobent ( son image du corps, ses parents désidéalisés...) .

On sait que la “crise d’adolescence” est un phénomène de nos sociétés modernes, et que cette période n’a cessé de s’allonger, certains auteurs distinguant jusqu’à 5 étapes:

1) puberté;

2) 1ère adolescence (avec l’ami idéalisé);

3) adolescence proprement dite ( premier amour, premières relations sexuelles);

4) fin de l’adolescence (choix professionnels, amicaux, amoureux...);

5) post-adolescence.

 

M.Villard

Septembre 2000

 

Haut de page

 Accueil     Autre article

m'écrire

Les copies totales ou partielles des textes présentés sur ce site ne peuvent être réalisées que pour un usage personnel ou n'être transmises à des tiers que sous forme de photocopies devant mentionner mon nom et mon adresse Web.
Maurice Villard © tous droits réservés