Georges Noizet ( 1925-1984)

 

Des verres de lunettes presqu'aussi épais que ses moustaches, des bretelles apparentes, sa sempiternelle pipe, une diction très particulière où les mots semblaient se détacher et prendre relief, selon un rythme autorisant une prise de notes quasi intégrale, une passion que la voix et la gestuelle trahissaient... tel est le portrait qui me reste de ce Professeur qui dirigeait alors le Département de Psychologie de l'Université d'Aix-en Provence et dont je pris les cours tant en années de préparation à la Licence qu'à l'Institut de Biométrie Humaine et d'Orientation Professionnelle de Marseille.

Si Georges Noizet s'occupait de ce qui s'appelait Psychologie expérimentale et que l'on nommerait aujourd'hui Psychologie cognitive, sa vaste culture et sa formation initiale de philosophe donnaient à son enseignement une largeur de champ peu commune.
Partant d'une approche physique, mathématique ou statistique d'une question, il arrivait à la comparaison de différents modèles la concernant.

La psychologie clinique ne lui était pas étrangère mais il prenait toujours soin de ne pas la rabattre sur ce que les recherches de laboratoire apportaient, se défiant de toute simplification.
Je me rappelle ce débat, dans une salle de cinéma d'Aix-en- Provence, faisant suite à la projection du film "Les risques du métier", réunissant quelques spécialistes pour commenter l'oeuvre. Après que l'on eut entendu les louanges des uns et des autres, Noizet fit contraste en critiquant vivement ce qui est présenté à la fin du film comme explications de l'attitude de l'adolescente vis-à-vis de son professeur: " explications sorties - dit-il à peu près en ces termes - comme des lapins d'un chapeau par un prestidigitateur", et en insistant sur la complexité des ressorts des conduites humaines.
(Je ne crois pas qu'il ait fait ce jour là la comparaison, mais il est vrai que pour la restitution de cette complexité mieux vaut voir les films de Bergman que ceux de Cayatte.)

Georges Noizet a été agrégé de philosophie à 23 ans et a enseigné cette matière de 1950 à 1958 avant de devenir chercheur en psychologie.
Ses domaines de recherche ont été ceux de la Perception (notamment l'influence du système verbal de réponse sur le traitement perceptif), des conduites de jugement (et de l'évaluation scolaire), et surtout de la psycholinguistique (pour l'élaboration d'un modèle du locuteur).

Après Aix-en-Provence, il prit en 1979 la suite du Professeur Fraisse à Paris V et assura avec ce dernier la direction de "L'Année Psychologique" . Il présida également l'Association de Psychologie de Langue Française.

Il a publié:

Extrait de son cours de 1967-68 intitulé "Des conduites à la personnalité"
voici le chapitre consacré au "modèle jacksonien".

Le témoignage de Régis Henry,
qui fit ses études et ses recherches de doctorat sous la direction de G.Noizet,