Évolution de la population des IME

 

Quelques données.

Entre 1970 et 1975, dans l’un des établissements où j’exerce, 50 % des jeunes de 16 à 20 ans sont sortis avec un emploi dans une entreprise, 17 % ont été orientés en CAT ( Centre d’Aide par le  Travail ) ou Atelier Protégé.
Dans le deuxième IME, pour  la même tranche d’âge, les proportions ont été respectivement de 80 %  ( emploi en entreprise ) et 0 % ( CAT).

Entre 1985 et 1990, dans le premier IME, 5 % des jeunes de 18-20 ans sont sortis avec un emploi dans le milieu ordinaire du travail, 30 % ont sont allés en CAT.
Dans le second IME, 15 % des jeunes de 18-20 ans ont eu un emploi, 22 % sont entrés en CAT.
Les autres sont retournés dans leur famille ou ont effectué stages pratiques en entreprise, SIVP ou TUC ( anciennes dénominations, avec certaines variantes législatives, des actuels CES: Contrats Emploi-Solidarité ).

Dans les années 90, la grande majorité des jeunes adultes sortant de ces IME ont été orientés en CAT ou en Foyer Occupationnel.

A ma connaissance, la tendance générale fut la même sur les plans régional et national.

A cette tendance, deux raisons principales :
1) le contexte économique des années 80 et 90, avec l’évolution du chômage et la disparition d’emplois à très faible qualification;
2) le maintien, autant qu’il était possible, des enfants handicapés à l’école, suite à la loi de 1975 sur l’intégration, n’étant quasiment plus orientés en IME que des enfants et adolescents présentant des difficultés intellectuelles et psychopathologiques majeures.

La population des IME s’est diversifiée, avec à la fois des niveaux d’efficience intellectuelle plus faibles dans l’ensemble et des pathologies plus lourdes. De plus, au cours des années, un nombre croissant d’enfants qui étaient auparavant pris en charge en pédopsychiatrie, en hôpitaux de jour, ont été orientés en IME  à l’âge de 7-8 ans, lorsque leur évolution était jugée « déficitaire » sur le plan cognitif.

En 1996-97, deux enquêtes ont été effectuées, l’une par l’Agence Régionale de l’Hospitalisation, l’autre par le Service Enquête du Ministère de l’Emploi et de la Solidarité. Dans les Bouches du Rhône, sur une période de 10 ans ( 1988-1997) le résultat fut le suivant :

Ø      hausse de 5 % environ du nombre d’orientation vers les Instituts de Rééducation (recevant des enfants et adolescents présentant des troubles du comportement et de la conduite);

Ø      augmentation de plus de 10 % des prises en charge par les SESSAD ( Services d’Éducation Spéciale et de Soins à Domicile );

Ø      baisse de 13 % environ des orientations vers les établissements pour déficients intellectuels ( IME ). ( Cette baisse ne semble pas s’être poursuivie puisqu’il y a maintenant des listes d’attente pour les entrées en IME ).

En 1997, en Provence Alpes Côte d’Azur, dans l’ensemble des dispositifs publics et privés du secteur médico-social, et concernant le diagnostic :

Ø      l’association déficience intellectuelle et troubles psychiatriques ( psychoses et troubles de la personnalité ) était relevée dans 67 % des cas ;

Ø      l’association déficience intellectuelle et troubles du comportement, dans 28 % des cas.

 

Conséquences.

L’évolution décrite ci-dessus, concernant la population des IME, a nécessité une adaptation de l’organisation et des équipes.

Étant donnée l’hétérogénéité des problématiques et des niveaux d’efficience ( il peut y avoir, dans le même établissement, des enfants et adolescents présentant un retard global et massif, et d’autres qui pourront accéder par exemple à un niveau scolaire CE2 ou à un Contrat d’apprentissage ) la question se pose souvent, sans être jamais totalement réglée, de la constitution des groupes : par âge ? par capacités ? par type de troubles ? …

L’importance en nombre des problématiques psychotiques et « borderline » met fortement à l’épreuve le personnel car elles ont pour caractéristique de générer l’angoisse ou/et le passage à l’acte.

Ces enfants et adolescents ont en effet de très grandes difficultés à élaborer psychiquement les situations, à les penser, à prendre de la distance par rapport à ce qui les affecte, à ce qu’ils ressentent ( comme désirs ou comme attaques ). Leurs conduites ou leurs attitudes, leurs « agirs », percutent directement l’éducateur, l’enseignant, le soignant, empêchant souvent ces derniers de penser et les obligeant à réagir dans l’immédiat, dans l’urgence.

Certains chercheurs en psychopathologie ont qualifié ces phénomènes d’ « inter-critiques » en ce sens que la situation de crise entre l’enfant ou le jeune et l’adulte se répercute très vite au niveau d’une partie ou de l’ensemble de l’établissement et qu’elle engendre des mécanismes de défense dont le plus radical est l’exclusion.

La structure de l’établissement et son histoire sont des facteurs fondamentaux dans la gestion de ces problèmes.

Nombre d’IME n’étaient ni préparés ni équipés pour recevoir une population ayant de graves troubles de la personnalité. Dans les sections IMPro ( 13-20 ans ), les moniteurs techniques, ex-professionnels de l’industrie ou du bâtiment pour la plupart ( menuisiers, peintres, métallurgistes, maçons…) étaient auparavant là pour enseigner leur technique et un métier dit « manuel ». Aujourd’hui, se trouvant avec des jeunes qui, dans leur majorité, n’ont pas la possibilité d’acquérir ces savoir-faire, ils ne peuvent plus utiliser ces techniques que comme supports, le projet prioritaire étant devenu l’apprentissage d’habitudes de travail, le respect d’un cadre, une plus grande stabilité, afin d’amener si possible ces jeunes à pouvoir tenir un poste en CAT.

Il faut toutefois souligner que ces professionnels ont en général effectué en cours d’emploi une formation dans une école d’éducateurs, obtenant alors le titre d’éducateur technique spécialisé.

Quant aux enseignants, ils ont du mal, avec certains enfants, à préciser leur mission et leur apport.

Cette évolution de la population des IME explique la demande accrue de la part des personnels d’une prise en charge psychologique ou psychothérapique des « usagers », ainsi que d’une aide ou d’un soutien pour eux-mêmes.  

Les IME ont dû effectuer un important effort d'adaptation, avec en général des moyens constants.
Suite aux textes législatifs de 1995 et 1996 sur la prise en charge de l'autisme, il leur est
maintenant souvent demandé d'accueillir des enfants porteur de cette affection. Mais les troubles autistiques, dans leurs formes sévères notamment, nécessitent un investissement important en personnel et des actions thérapeutiques spécifiques que les hôpitaux de jour étaient jusqu'à présent les plus à même d'assumer.
La multiplication et l'extrême diversité des problématiques au sein des IME, et en conséquence des projets individualisés à mettre en place, rendent de plus en plus complexe la question de leur fonctionnement. Les organismes de tutelle exigeront-ils encore longtemps de faire plus et mieux avec moins ?

 

Maurice Villard

Avril 2001

 

 Haut de page

Accueil         Autre article

m'écrire

Les copies totales ou partielles des textes présentés sur ce site ne peuvent être réalisées que pour un usage personnel ou n'être transmises à des tiers que sous forme de photocopies devant mentionner mon nom et mon adresse Web.
Maurice Villard © tous droits réservés