Vous avez dit: psycho...quoi ?...thérapies ?
Réfexions à propos de la polémique sur les psychothérapies

 

Après l'amendement Mattei-Accoyer visant à réglementer l'usage du titre de psychothérapeute, et les remous qu'il a provoqués, voici le rapport de l'INSERM sur l'évaluation des psychothérapies.
Ce dernier fait déjà autant de bruit que l'amendement car il prétend possible de comparer "scientifiquement" l'efficacité de trois groupes de psychothérapies: psychodynamiques, familiales et cognitivo-comportementales.
Le rapport est basé sur l'étude d'environ mille articles et documents internationaux, la majorité d'origine anglo-saxonne.
Il a été demandé en 2001 par la Direction Générale de la Santé dans le cadre du Plan Santé Mentale, ainsi que par L'Unafam (Union nationale des amis et familles de malades psychiques) et la Fnap-psy (Fédération nationale des associations de patients et ex-patients en psychiatrie).
La raison de cette demande est donnée au premier paragraphe de la synthèse du rapport: <<L'évaluation des effets des psychothérapies apparaît nécessaire pour orienter la décision en santé publique et répondre à l'exigence des patients souhaitant connaître l'efficacité des traitements proposés.>>

Soulignons l'expression "orienter la décision". La décision de qui, sinon celle des pouvoirs publics, puisqu'il s'agit du plan de santé mentale.

La question est d'importance quand on constate que les thérapies cognitivo-comportementales sortent largement premières, dans ce rapport, quant à l'efficacité, que ce soit pour les troubles anxieux généralisés, les troubles paniques, les phobies sociales, le stress post-traumatique, les dépressions majeures, la boulimie, ou les phases aigües de schizophrénie.

On pourrait d'abord se demander comment l'on peut comparer deux approches aussi opposées que celles du comportementalisme et de la psychanalyse, dans chacune desquelles le symptôme est considéré avec une signification et une fonction radicalement différentes: parasite, mauvais conditionnement ou pattern cognitif déviant à supprimer, d'un côté; construction défensive et signifiante à respecter, de l'autre.
Comment parvenir à comparer une perspective dont le but principal est la disparition du symptôme - et qui, ce faisant, se prête particulièrement bien à l'évaluation - et une démarche (celle de la psychanalyse) où la question essentielle est celle de la vérité inconsciente du sujet, qui ne peut rester que du seul domaine du patient.

La réponse se trouve dans le rapport de l'Inserm.
Les thérapies dites psychodynamiques dont il s'agit (systématiquement qualifiées entre parenthèses de "psychanalyses"), sont, pour la grande majorité, anglo-saxonnes et de courtes durées (entre 15 et 40 séances maximum): psychothérapies focales, psychothérapies brèves par provocation d'anxiété, techniques d'investigation psychodynamique brève, etc...
<<Ces thérapies, est-il écrit, se donnent comme objectif des changements profonds et durables chez le patient. Elles cherchent à obtenir ces changements par l'utilisation du langage...comme outil de (re)construction de la personne.>> <<Prise de conscience>>, est-il dit également, <<acquisitions de nouvelles capacités psychologiques et développementales (concernant la construction du moi et la symbolisation).>>
Ne sommes-nous pas là dans l'"ego psychology" américaine ?
Rien à voir avec l'éthique psychanalytique, selon laquelle l'analyste n'a rien à promettre ni à vouloir à la place de l'analysant.

Ce rapport de l'Inserm va tout à fait dans le sens actuel du retour du scientisme et de la recherche de maîtrise.

Deux thèmes sont omniprésents dans les divers textes et rapports gouvernementaux: protection et satisfaction de l'usager, d'une part; contrôle et évaluation, d'autre part.

Afin de protéger cet "usager" d'éventuelles dérives sectaires sous le couvert de psychothérapies, Mr Accoyer a proposé de définir qui pourrait être psychothérapeute.
On suggère maintenant quelles psychothérapies sont les plus efficaces, après évaluations.

Dans ce domaine comme dans d'autres, on réglemente à tour de bras... et on infantilise... Car n'est ce pas infantiliser que de vouloir protéger de tout des hommes et des femmes qui ont pourtant aujourd'hui les moyens d'être informés et de choisir ?

Plutôt que de réglementer un domaine si complexe, ne suffirait-il pas, comme le propose Charles Melman (dans son article: "LES TROIS PSY - Psychothérapie, Psychanalyse et Psittacisme")
de constituer un annuaire des praticiens, avec leur formation et leurs méthodes ?
Ceux qui voudront ne se centrer que sur leurs symptômes iront voir les comportementalistes, ceux qui souhaiteront aller au-delà iront vers la psychanalyse... et beaucoup d'autres, comme ce fut toujours le cas, consulteront les innombrables marchands d'illusions qui associeront éventuellement au préfixe "psy" d'autres terminaisons.
Qui jugera de l'"efficacité" des voyants, magnétiseurs, astrologues et autres pythonisses ?

Le terme "psychothérapie" contient de telles ambiguités qu'il n'est guère étonnant que règne la confusion.
"Thérapie" renvoie aux "soins" et au médical. Mais que signifie "soigner le psychisme"?

Beaucoup prétendent (ce qui rappelle des théories d'un autre temps) que la psyché n'est en fait qu'un super ordinateur dont on doit pouvoir modifier ou corriger les données et les programmes. On agit alors sur les neuromédiateurs ou les comportements ou les attitudes mentales. Moyens qui, cela est sûr, ne sont pas sans effet. Mais la question de l'efficacité est une question complexe qui peut renvoyer à la normalisation, à l'économique, à la morale, à l'éthique.
Jean Claude Guillebaud, dans "le principe d'humanité", met en garde contre un certain discours techno-scientifique étroitement lié aux impératifs économiques de la concurence internationale, discours que nombre de politiques ont tendance à suivre.

Ce qui constitue l'humain comme tel, c'est qu'il être de langage et être social.
Ecouter le sujet souffrant, entendre sa plainte, recevoir son angoisse, accepter ses résistances et son impuissance, l'accompagner dans sa recherche de sens jusqu'au point où il souhaitera aller, avec le temps qu'il faudra, est tout autre chose qu'une rééducation et que la recherche d'une efficacité.

On comprend qu'il y a là un choix éthique du praticien.
Position qui n'empêche pas de se baser sur un savoir et sur une technique. Mais ces derniers restent soumis à une non maîtrise et un insu sur le sujet.

Même si son désir sous-jacent est en général un mieux-être du patient, le "psychothérapeute" qui se base sur l'éthique psychanalytique sait ce que le "bien" voulu pour autrui recouvre d'aliénation et accepte que ce patient puisse se heurter au "réel", c'est-à-dire à l'impossible.

La négation de l'impossible s'appelle la Toute-puissance et c'est dans ce registre que cherchent à s'évaluer les rivaux.

Maurice Villard
Mars 2004

Quelques liens

Sur le site de la Société Psychanalytique de Paris
Quelques remarques méthodologiques à propos du rapport Inserm
« Psychothérapie. Trois approches évaluées »

(une critique du rapport Inserm, par cinq Professeurs d'Université)

Sur le site "Oedipe": Une interview très intéressante de Roland Gori

Site du syndicat national des psychiatres privés: "Les machines de l’évaluation"
et "Un peu...beaucoup...passionnément...pas du tout! Existons-nous encore ?"

Journal Le Monde: L'Inserm propose une évaluation contestée des psychothérapies

Psy-desir: " Psychothérapie, trois approches évaluées "

Journal Libération: "Ce n'est pas de l'aspirine"

Etats Généraux de la Psychiatrie: "Réflexions sur la réglementation des psychothérapies"

Association lacanienne internationale: Dossier sur l'amendement Mattei-Accoyer

Syndicat National des Praticiens en Psychothérapies: "évaluons le travail de l'Inserm"

Syndicat National des Psychologues: forum

Etats Généraux de la Psychanalyse: La règlementation de la psychanalyse par l'État
( avec, entre autres, une pétition en ligne: " pour un front du refus "
et une interview de Roland Gori:" L'annonciation de l'homme comportemental ")

 

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