Olivier Houdé

La Psychologie de l'Enfant

(PUF, Collection Que sais-je?, 2011, 5ème édition mise à jour)

 

La première édition de cet ouvrage date de 2004.
Il aurait été préférable qu'il ait pour titre "psychologie cognitive de l'enfant" car il traite en effet uniquement du développement des capacités cognitives, étant plus réducteur donc que l'ancien Que sais-je de Jean Piaget et Barbel Inhelder (1966), qui portait le même titre mais qui, tout en privilégiant les thèses piagétiennes sur les étapes de la construction des opérations intellectuelles, abordait également la fonction sémiotique, le langage, les interactions sociales...

Olivier Houdé commence d'ailleurs par rendre hommage à Piaget qu'il qualifie de plus grand psychologue du XXème siècle, omettant les apports d'Henri Wallon (qu'il évoque heureusement in extremis dans une note de la dernière page de son dernier chapitre !).
Des recherches piagétiennes, il constate qu'elles ont ouvert nombre de perspectives mais qu'elles sont depuis les années 80 remises en question pour partie.

La conception de Piaget, précise-t-il d'abord, était cumulative et linéaire (passage chronologique d'un stade à l'autre, le suivant intégrant les précédents). Or les travaux contemporains montrent que l'évolution des capacités intellectuelles se fait de façon "biscornue", avec des erreurs, des décalages, des biais perceptifs et d'apparentes régressions.


Par ailleurs, les neurosciences cognitives d'une part (grâce aux progrès des techniques d'enregistrement, de la fixation du regard par exemple) et l'imagerie médicale d'autre part, tendent à mettre en évidence l'importance de l'inhibition, inhibition du mode perceptif en particulier, pour accéder au raisonnement logique.
Elles ont également révélé que des notions comme celles de la permanence de l'objet ou du nombre apparaissaient bien plus tôt que ne l'avait pensé Piaget: 4-5 mois au lieu de 8 mois pour la permanence de l'objet; 4-5 mois pour la naissance du nombre alors que Piaget situait cette acquisition bien plus tard et son intégration véritable quand l'enfant est capable de dire qu'il y a le même nombre d'objets sur deux lignes parallèles alors qu'il sont espacés différemment sur chacune de ces lignes (l'enfant dit d'abord par exemple, dans la période "pré-opératoire", qu'il y en a plus sur la ligne où ils sont davantage espacés, "parce que c'est plus long").
Ce type d'erreur, explique O.Houdé, peut être compris de plusieurs façons, par le fait notamment que dans l'expérience quotidienne, <<quasiment partout, sauf dans les tâches de Piaget, la longueur et le nombre varient ensemble.>>


Il y a la plupart du temps des stratégies cognitives en compétition et, pour arriver au bon résultat, il faut inhiber la stratégie la plus évidente perceptivement ou celle qui a été antérieurement efficace. Ainsi peut être expliquée "l'erreur A-non B", c'est-à-dire quand l'enfant va continuer à aller chercher un objet caché en A alors qu'il a vu qu'on l'avait déplacé en B, l'enfant n'inhibant pas son savoir préalable.
L'enfant, mais aussi l'adulte souvent, dit O.Houdé, privilégie une heuristique, laquelle <<est une stratégie très rapide, très efficace - donc économique... - qui marche très bien, très souvent, mais pas toujours (à la différence de l'algorithme, plus lent mais qui conduit toujours à la bonne solution).>>
O.Houdé rappelle au demeurant que, dès les années 60, le psychologue Jacques Mehler avait remis en cause la chronologie de la constitution du nombre telle que l'avait présentée Jean Piaget, et démontré que des enfants de 2 ans pouvaient réussir l'épreuve des jetons plus ou moins espacés, en remplaçant ceux-ci par des bonbons. (Citons au passage un autre psychologue chercheur, spécialisé dans le domaine de l'intelligence, Pierre Oléron, qui avait été très critique à l'égard de plusieurs des thèses de Piaget).

L'auteur fait part des interrogations et interprétations de différents chercheurs sur les compétences précoces du bébé. Peut-on vraiment parler de nombre? Faut-il invoquer la manipulation de symboles non linguistiques? De stockage direct des perceptions? De connaissances implicites qui passeraient ensuite à une connaissance explicite?...

En ce qui concerne le raisonnemen logique, outre l'importance d'apprendre à inhiber les statégies perceptives, il faut prendre en considération, ajoute O.Houdé en citant Antonio Damasio, le rôle de l'émotion qui aide le raisonnement par le plaisir de découvrir les solutions. <<C'est ce que les éducateurs ont identifié depuis longtemps, par leur intuition et leur pratique, comme la force extraordinaire de la motivation.>>

Il est enfin question, dans le dernier chapitre, de "l'enfant psychologue" (allusion peut-être au titre de Roger Lécuyer: bébés astronomes, bébés psychologues) et de la théorie de l'esprit. C'est à 4-5 ans que les enfants peuvent résoudre le problème des fausses croyances, mais là encore il y a de grandes variations selon les sujets. <<...élaborer une théorie de l'esprit consiste à concevoir et à gérer la possibilité d'une représentation erronée.>> Les interactions sociales et l'imitation seraient les préalables à la constitution d'une théorie de l'esprit.
C'est là qu'Olivier Houdé fait référence, en note, à Henri Wallon et Lev Vygotski, en précisant que par manque de place il n'a pu suffisamment mettre en avant le <<rôle important>> des interactions sociales...
Ouf ! Il était temps !

Maurice Villard
Octobre 2012

 

Quatrième de couverture

De nouvelles découvertes sur le développement du cerveau et de l'intelligence ont modifié en profondeur nos connaissances sur la psychologie de l'enfant. À partir d'expériences simples que chacun peut réaliser à la maison ou à l'école, mais aussi en faisant le point sur les apports des sciences cognitives à propos du singe, du bébé, de l'enfant et de l'adulte, cet ouvrage explique avec clarté comment se construit la cognition humaine.
Tout en rendant hommage à l'oeuvre de Jean Piaget, le plus grand psychologue de l'enfant au XXe siècle, Olivier Houdé réexamine sa théorie et propose ici une conception nouvelle du développement de l'intelligence.

Biographie de l'auteur
Professeur à l'Université Paris Descartes-Sorbonne, membre senior de l'Institut universitaire de France, Olivier Houdé est l'auteur aux PUF de nombreux ouvrages, dont Vocabulaire de sciences cognitives (1998), L'esprit piagétien (2000), Cerveau et psychologie (2002), 10 leçons de psychologie et pédagogie (2006), Les 100 mots de la psychologie (« Que sais-je ? », 2008) et Psychologie du développement cognitif (avec Gaëlle Leroux, « Licence », 2009).