De la question du regard

dans la construction du sujet

( Communication faite aux 12èmes Entretiens de la Psychologie )
( Paris, Juin 1997 )
( illustrations et annotations: janvier 2002 )

 

Commençons par deux courtes vignettes cliniques.

 

Ces deux cas illustrent une relation entre regard et mort sur laquelle je reviendrai. Ils montrent, de façon plus générale, mais de manière ici dramatique, ce qui est vrai pour tout humain: que nous naissons sous le regard de l'Autre, que nous sommes imaginairement regardés avant de naître, avant sans doute d'être conçus (c'est ce que l'on a appelé, par un raccourci, l'enfant imaginaire).
(Voir aussi en note de bas de page un témoignage qui m'a été adressé).

Ces deux exemples n'indiquent-ils pas aussi qu'il puisse y avoir au temps des origines quelque chose de l'ordre de l'empreinte -et d'abord dans le psychisme de l'adulte- qui se traduirait sur le corps de l'enfant (empreinte que l'adulte croit repérer sur le corps de l'enfant) ? Les mythes et les croyances ne manquent pas, d'ailleurs, quant aux marques que le bébé portera si une envie maternelle n'a pas été satisfaite ou si les yeux de cette mère ont été impressionnés par quelque difformité.

 

L'individu naît sous le regard de l'autre...Il naît à la vie psychique par le regard de l'Autre.

 

Tableau de Raphaël: "La belle jardinière". Echange des regards entre la mère et l'enfant.
RAPHAËL
La belle jardinière

 

On sait aujourd'hui que le nourrisson, dès la naissance, est non seulement capable de distinguer le visage humain d'autres configurations voisines mais surtout de le privilégier et de s'y accrocher.

C
omme le dit Hubert MONTAGNER, directeur de recherche à l'INSERM de Marseille: << L'accrochage et le pilotage mutuels des deux regards sont désormais reconnus comme des fondements des interactions ajustées entre les deux personnes...et jouent un rôle essentiel dans leur accordage. >>

Cet ajustement des regards contribue donc à ce qui a été appelé "attachement" entre la mère et l'enfant.
Sans entrer dans le détail, on peut dire cependant que ces interactions visuelles ne sont pas uniformes. Montagner précise en effet que c'est soit le bébé qui peut accrocher le regard de la mère, soit l'inverse; que le regard de l'un peut ou non être évité par l'autre; qu'il peut être ou non soutenu (permettant de décoder plus ou moins bien les émotions de l'autre); qu'il peut y avoir balayage visuel du visage sans un arrêt sur celui-ci; qu'il y a ou non synchronisation des deux regards...

Léonard de Vinci: Madone allaitant l'enfant. Ce dernier regarde le spectateur du tableau.
L. DE VINCI
La Madonna Litta
(Madone allaitant l'enfant)

Au cours des mois, le nourrisson va progressivement, et conjointement à sa mère, porter son regard ailleurs, sur un objet tiers (autre personne, objet, secteur de l'espace...), aboutissant ainsi à ce qui a été désigné comme "attention focale partagée".
En regardant ensemble quelqu'un ou quelque chose, s'ouvre pour l'enfant un espace tiers, si rudimentaire soit-il encore. Ce regard porté ailleurs est l'antécédent du "pointer du doigt" qui apparaîtra entre 6 et 12 mois selon les enfants, et sur lequel a insisté Boris CYRULNIK en tant que manifestation du début du symbolisme puisque les choses deviennent à ce moment là objets de désignation.
(sur les principales étapes du développement du regard au cours de la première année, voir sur le présent site la note de lecture: les regards du bébé)

 

Ces échanges complexes et répétés des regards entre l'adulte et l'enfant sont donc structurants et organisateurs. Il s'agit du premier miroir, comme l'avait indiqué WINNICOTT.

On comprendra dès lors que leurs distorsions traduisent ou provoquent, voire traduisent et provoquent tout à la fois, sous forme de spirale, les difficultés relationnelles. J'en ai cité deux exemples au début. On peut aussi évoquer l'autisme, où le regard est presque toujours gravement perturbé: regard collé, piquant, oblique, ou plus fréquemment fuyant, absent, traversant l'autre personne (cf. G.HAAG). Un taux élevé de syndromes autistiques auraient d'ailleurs été retrouvé dans les cécités congénitales.
Sans qu'il soit question de discourir ici sur l'étiologie des autismes, certainement complexe et multiple, il est important de souligner d'une part la blessure narcissique que peut ressentir une mère face à un enfant qui ne la regarde pas, et d'autre part la détresse, les angoisses primitives intenses (de chute ou d'anéantissement) que peut éprouver le nourrisson s'il ne rencontre qu'un regard vide ou déprimé auquel il ne peut se raccrocher.
Les troubles du regard dans les autismes doivent en tout cas nous poser question. Ce que disait, dans une perspective phénoménologique, un auteur peu connu, Panayotis KANTZAS (dans un ouvrage peu connu également: " Le passe-temps d'un dieu. Analyse de l'autisme infantile ") c'est que l'enfant autiste lutte pour maintenir la fixité des choses, l'immutabilité, et que s'il regarde indéfiniment une toupie, un ventilateur ou une machine à laver en train de tourner, c'est parce que, à l'inverse du miroir qui dédouble et fragmente, ces objets en rotation sont une continuité de pleins, un présent perpétué...
Or, le regard n'est-il pas, au contraire, coupure et césure?


Tout ce qui vient d'être dit montre assez, je pense, l'ambiguïté de cette notion de regard.
S'il peut être structurant, s'il est fondamental dans les échanges intersubjectifs, son champ sémantique nous dit également qu'il peut être redoutable, pouvant hypnotiser, pétrifier, méduser... fusiller, tr
anspercer...

Méduse

Avec Sthéno et Euryale, Méduse étaient, dans la mythologie grecque, l'une des trois Gorgones, monstres à la tête effroyable et à la chevelure faite de serpents.
Le regard de Méduse pétrifiait.

A la fin de son ouvrage " Reflets de miroir et autres doubles" - ouvrage résumant ses recherches sur la prise de conscience de soi par l'enfant - René ZAZZO consacre un chapitre sur "Méduse et la conduite du regard". Il précise que c'est juste avant la reconnaissance de soi dans le miroir, aux environs d'un an et demi, que l'enfant, d'abord fasciné par son propre regard dans le miroir, se détourne ensuite,pleure ou se cache les yeux. "Inquiétante étrangeté" - pour reprendre l'expression de Freud - étrangeté d'un autre qui le fixe et dont il risque de ne plus pouvoir se détacher.

Il est utile ici de se référer à la distinction, que LACAN a particulièrement soulignée, entre la vision et le regard. Le regard n'est ni l'organe de la vue ni la vision. Il existe, en effet, même pour la personne aveugle de naissance. Il est en fait imaginé, objet imaginaire (appelé par Lacan "objet a"). On pourrait dire, de façon réductrice, qu'il représente le désir supposé d'autrui.
Lacan indiquait, en effet, que nous sommes d'abord dans le tableau, reprenant ainsi la perspective du philosophe Maurice MERLEAU-PONTY et sa référence à la peinture.

Maurice Merleau-Ponty (Rochefort, 1908 ­ Paris, 1961), philosophe français, était professeur au Collège de France et dirigea, avec J.P.Sartre, la revue les Temps modernes, de 1945 à 1953.

Merleau-Ponty avait insisté sur le fait que nous sommes immergés dans le monde visible mais que nous avons aussi la caractéristique de nous voir voyant:
<< On dit qu'un homme est né à l'instant où ce qui n'était au fond du corps maternel qu'un visible virtuel se fait à la fois visible pour nous et pour soi. La vision du peintre, ajoutait-il directement à la suite de ces propos, est une naissance continuée... >>
La peinture <<donne existence visible à ce que la vision profane croit invisible.>> ("L'oeil et l'esprit").

Nous sommes donc dans le tableau, devant un "ça me regarde" supposé boulimique, quasiment dévorateur, qu'il s'agit, par de multiples leurres, de rassasier, ou d'éviter (en s'éclipsant ou en se fondant dans le décors, comme cela se passe pour nombre d'insectes dont le mimétisme leur permet d'échapper aux prédateurs).
Autrement dit, cet Autre, il faut ou bien lui en mettre plein la vue, ou bien s'en faire oublier. Et le choix, s'il choix il y a, sera souvent cornélien.

De cette conception du regard en tant que représentant du désir de l'autre, le cas des aveugles est exemplaire qui se disent parfois plus gênés par le regard des autres que par leur handicap.

Denis Diderot (Langres, 1713 ­ Paris, 1784).
Sa "Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient" (1749) lui valut trois mois d'incarcération.

Ecoutons DIDEROT nous parler, dans sa "Lettre sur les aveugles", de mademoiselle de Salignac:
<< Elle ne se souciait pas de voir; et un jour que je lui en demandais la raison; "c'est, me répondit-elle, que je n'aurais que mes yeux, au lieu que je jouis des yeux de tous; c'est que, par cette privation, je deviens un objet continuel d'intérêt et de commisération... "
Elle faisait quelquefois la plaisanterie de se placer devant un miroir pour se parer, et d'imiter toutes les mines d'une coquette qui se met sous les armes .>>

EVGEN BAVCAR, né en 1946 en Slovénie. Perd totalement la vue à 11 ans suite à deux accidents consécutifs. Études de philosophie et d'esthétique à Paris. Nationalisé français en 1981. Travaille pour le CNRS. Première exposition à Paris en 1987. "Le voyeur absolu", coll. Fiction et Cie, Paris, Seuil,1992.

 

Ecoutons également ce qu'écrit le photographe aveugle EVGEN BAVCAR dans son livre "Le voyeur absolu":
<< mon regard n'existe... que par le simulacre de la photo qui a été vue par autrui... J'ai besoin de ce regard d'un autre pour que les images s'animent à l'intérieur de moi. >>

 

Le regard, donc, serait d'abord celui d'autrui, que le sujet voudrait satisfaire dans la mesure où, infans, il est dans sa totale dépendance.
Mais si l'on essaie de penser aux origines de l'individu, de penser aux représentations premières du nourrisson, il n'est guère probable que celui-ci perçoive cet Autre en tant que tel, c'est-à-dire différent de soi, mais plus vraisemblable (comme de très nombreux auteurs l'ont soutenu) qu'il en perçoive et mémorise des traits (nommés "objets partiels" en psychanalyse).

A considérer son importance dans toutes les cultures, il apparaît que pour les voyants le trait, la partie corporelle, qui représentera quasi universellement le regard, sera l'oeil. Disons toutefois, comme le précisait encore Lacan, qu'un simple bruit -froissement de tissu, crissement, souffle...- peut aussi le suggérer, c'est-à-dire suggérer la présence de quelqu'un qu'on ne voit pas.

Il apparaît ensuite que cet oeil est plus souvent mauvais que bon. On sait le nombre de traditions où il s'agit de se garder du "mauvais œil". Marcel DETIENNE et Jean-Pierre VERNANT mettent en relation, dans la mythologie grecque, l'oeil et la foudre:
<< Le regard a souvent été considéré par les Anciens comme un rayon...émis par le feu de l'oeil en direction de l'objet... Peut-être est-on en droit de supposer... un lien direct entre l'oeil rond des Cyclopes et la fonction que leur assigne Hésiode de maîtres du feu métallurgique, fabricateurs de la foudre... pour le service de Zeus. ">> (Les ruses de l'intelligence. La Métis des grecs. p.89, note 99)

On sait aussi combien cet oeil est inquisiteur, pénétrant, castrateur et quelle difficulté il y a pour y échapper. Versant imaginaire du Surmoi: oeil de la Conscience, oeil de la Police, oeil de Dieu... Caïn, meurtrier de son frère et poursuivi jusqu'à la fin, comme le dit le célèbre vers de Victor HUGO: " L'oeil était dans la tombe et regardait Caïn. "

Dans un ouvrage paru fin 96, intitulé "La violence du voir", Gérard BONNET développe cette question et relie la dangerosité du regard à la séparation mère/enfant ou plus précisément à la résurgence, à la réapparition dans le quotidien, d'une situation ou d'un spectacle qui ravivent les séparations premières originelles. L'exemple le plus évident et le plus courant étant celui de l'enfant face au frère, à la soeur ou à tout autre enfant dans les bras maternels. Spectacle d'un paradis perdu, vision tout à la fois d'un double et d'un rival qui ne laisse comme alternative que de disparaître ou de faire disparaître.
Gérard Bonnet reprend le mythe de Narcisse pour rappeler que c'est après avoir éconduit la nymphe Écho que Narcisse est pris au piège de sa propre image, piège tendu par la déesse de la vengeance, Némésis.
Autrement di
t, c'est après la séparation d'avec l'objet primordial que celui-ci revient sous une forme fascinante et persécutrice à la fois.
Le tableau de
GIORGIONE, intitulé "La Tempête", et qui est généralement considéré comme énigmatique, pourrait être perçu dans cette perspective.

Tableau de Giorgione,"La  tempête"; un jeune homme regarde le nourrisson tétant sa mère, et dans le fond un orage se prépare.
Giorgio da Castelfranco, dit Giorgione (Castelfranco Veneto, v. 1477 ­ Venise, 1510), initiateur de l'école vénitienne; élève de Bellini et maître de Titien.

Résumons en disant que:

le regard possède cette triple particularité de pouvoir être structurant, séparateur et annihilant ou mortifère.
Caractéristiques identiques, au fond, à celles de la phase du miroir selon Lacan.

Voici deux exemples sur l'aspect imaginaire et mortifère.

Guy ROSOLATO écrivait dans "Paranoïa et scène primitive" (in "Essais sur le symbolique",coll.Tel,Gallimard):
<< Chez le paranoïaque la "mauvaise mère" donnerait le sens et le modèle du [Surmoi précoce]...[Le paranoïaque] se livre à une évocation pour remplir la place laissée vide et sur laquelle s'impose une figure terrifiante, obscure, maternelle, surmoïque, pour une figure paternelle.>>(p.221)
<<Le visuel se donne... pour instantanément acquis, hors du temps et par là fascinant... l'image, comme surface, s'interpose, sépare, limite que l'on ne franchit pas et qui empêche toute autre vue... Ce "cache" fonctionne spécifiquement chez le paranoïaque au moment de la capture par la scène primitive.>>(p.227).

Yann QUEFFELEC (né en 1949) Journaliste et romancier français. Fils d'Henri Queffélec, grand romancier et essayiste d'origine bretonne.
Premier roman en 1983 "le Charme noir" .
Prix Goncourt en 1985 pour son second roman: "les Noces barbares".
Giorgio De Chirico: "le chant d'amour".
Giorgio De Chirico (Volos, Grèce, 1888 ­ Rome, 1978), peintre italien.

 

Van Gogh: autoportrait.

Ceux, bien entendu,
de
VAN GOGH

Van Gogh: l'homme à la pipe (autoportrait).
Autoportraits (1889)

Sur ce thème de l'autoportrait, on peut lire, en ligne, la page du Docteur Auriol:
" L'image préalable, l'expression impressive et l'autoportrait "

 

Paul Delvaux (Antheit, près de Huy, 1897 ­ Furnes, 1994), peintre belge de tendance surréaliste.

Évoquons aussi les tableaux de Paul DELVAUX, où l'interdit, le désir et la mort s'entremêlent et dans lesquels le regard des personnages est très particulier: regards vides des innombrables femmes qui habitent ses peintures; regards portés ailleurs ou regards obliques des hommes qui côtoient ces femmes. J'ai suggéré dans un article que le fantasme central pouvait se formuler ici par une demi négation: "je ne regarde...l'objet du désir."

 

Paul Delvaux: village des sirènes.
Paul Delvaux: Les phases de la lune I.
P.Delvaux: Village des sirènes
P.Delvaux:Les phases de la lune I


Il faudrait parler également de la photographie, et notamment de ce qu'en a dit Roland BARTHES dans son ouvrage "La chambre claire".

Roland Barthes (Cherbourg, 1915 ­ Paris, 1980). Théoricien d'une lecture structurale des textes.
Parmi ses principaux ouvrages: le Degré zéro de l'écriture, 1953; Mythologies, 1957; Système de la mode, 1967; l'Empire des signes, 1970; Fragments d'un discours amoureux (1977); la Chambre claire (1980).

Roland Barthes distinguait le "studium"
(l'aspect culturel, banal, anecdotique ou événementiel d'une photographie) et le "punctum" qui est ce qui vient attirer l'oeil:
<< piqûre, petit trou, petite tache, petite coupure -et aussi coup de dès... ce hasard qui (dans une photo) me point (mais aussi me meurtrit, me poigne) >>(p.48-49), et qui ouvre un hors-champ, un au-delà de ce que la photo donne à voir.
Description qui me paraît pouvoir particulièrement bien s'adapter au regard.
Indiquons en outre que Roland Barthes articulait la photographie à la mort et au temps, suggérant qu'elle était une "mort-plate", un "réel passé"... "cela est mort et cela va mourir".

Articulation que pourrait illustrer cet oeil accroché au métronome, composition du peintre et photographe MAN RAY, qu'il a renommée à quatre reprise: "objet de destruction"(1932), "objet indestructible"(1958), "dernier objet"(1966), "motif perpétuel"(1972).

Oeuvre de Man ray: oeil accroché au métronome.
Emmanuel Redensky, dit Man Ray (Philadelphie, 1890 ­ Paris, 1976), photographe, peintre et cinéaste américain. Participa aux premières manifestations du mouvement dada à New York.


 

Je terminerai enfin par l'évocation de notre civilisation actuelle de l'image et par les questions posées à son propos par un nombre croissant de philosophes, de sociologues et de psys (Régis DEBRAY, Alain GAUTHIER, Serge TISSERON...): la multiplication irrésistible des images, leur rapidité d'apparition et de disparition, la confusion croissante entre réalité et fiction ( traduite par l'expression paradoxale de "réalité virtuelle" ), tout cela ne submerge-t-il pas notre regard, le visuel occultant le"visible", l'imagerie réduisant l'imaginaire, le bruit du "signalétique" (A.Gauthier) couvrant les silences, sous-entendus et incomplétudes du signe...de ce qui pourrait nous faire signe?

 

Maurice VILLARD

1997

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BIBLIOGRAPHIE

 

BARTHES R., la chambre claire, Cahiers du cinéma, Gallimard-Seuil, 1980.

BAVCAR E., Le voyeur absolu, Seuil,1992.

BONNET G., La violence du voir, P.U.F., 1996.

CASTANET H., Le regard à la lettre, Ed. Anthropos, 1996.

CYRULNIK B., La naissance du sens, Hachette, 1991.

DEBRAY R., Vie et mort de l'image, Gallimard, 1992.

DETIENNE M.,VERNANT J.P.,(1974) Les ruses de l'intelligence. La Mètis des grecs. coll. Champs, Flammarion, 1992.

DEUTSCH A-M., Le rôle de l'autoportrait dans l'oeuvre de Giorgio de Chirico, in Psychologie Médicale, n°9, volume 19, septembre 1987.

DIDEROT D., Lettre sur les aveugles, GF-Flammarion.

GAUTHIER A., Du visible au visuel, P.U.F., 1996.

JORDA P., Un trou de mémoire particulier, in Revue Française de Psychanalyse, janvier-février 1992.

KANTZAS P., Le passe-temps d'un dieu. Analyse de l'autisme infantile, imprimerie Les Genêts, CAT Creutzwald (57150), 1987.

LACAN J.(1953-54) Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse (chapitre sur le regard comme objet "a"), Seuil, 1973.
(1956-57) La relation d'objet (chapitre sur la fonction du voile), Seuil, 1994.

MERLEAU-PONTY M., L'oeil et l'esprit, Gallimard, 1964.
Le visible et l'invisible, Gallimard, 1964.

MONTAGNER H. , Le regard du bébé à sa mère et de la mère à son bébé: une construction structurante et révélatrice, in "La grande aventure de Monsieur Bébé", Revue Spirale, n°1, Ed. Eres, 1996.

QUEFFELEC Y., Les noces barbares, Gallimard, 1985.

ROSOLATO G. (1964) Essais sur le symbolique, coll. TEL, Gallimard, 1969.

SOJCHER P., Paul Delvaux, Ars Mundi, 1991.

TISSERON S., Psychanalyse de l'image, Dunod, 1995.

VILLARD M., Le fantasme à l'oeuvre, in Le Journal des Psychologues n°133, décembre 1995-janvier 1996.

ZAZZO R., Reflets de miroir et autres doubles, P.U.F., 1993.


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Voici le témoignage qu'une maman m'a fait parvenir en Mai 2002. Je le présente avec son accord, ayant seulement enlevé les prénoms afin de respecter l'anonymat.

<<j'ai adoré votre texte sur le regard...
J'ai 2 enfants : une fille de 7ans et un garçon de 4 ans .
Lorsque ma fille est née j'ai été frappée par son regard, la force l'intensité avec laquelle elle me fixait, j'ai l'impression qu'elle ne m'a pas quitté des yeux pendant des heures. Je vois encore ses 2 grands yeux noirs. Le bonheur était absolu. C'est une enfant facile.
Pour mon fils, c'est horrible à dire, je ne peux pas me remémorer ses yeux, je n'en ai pas ce souvenir. L'émotion n'avait pas la même intensité que celle ressentie pour ma fille, ce qui est peut-être ce qui arrive pour les puînés. Lorsqu'il est né, on ne me l'a pas laissée longtemps au sein comme cela a été le cas pour sa soeur. La puéricultrice, me l'a retiré en me disant "vous avez bien le temps de vous en occuper de ce bébé". Je le vois encore tourné face au mur, dos à moi, loin de moi, j'étais incapable de me lever pour aller le chercher. J'étais malheureuse et l'imaginais malheureux aussi. Je ressens encore cette solitude, ce silence pesant (il ne pleurait pas), j'ai l'impression que cela a duré une éternité, je regrette souvent d'avoir subi cette situation, de n'avoir pas bravé l'interdit qui m'avait été fait de me lever. Lorsqu'une infirmière est arrivée dans la salle j'ai pu enfin lui demander d'approcher son lit et de me le donner dans les bras. Je culpabilise.
J'ai beau essayer de me souvenir, je ne vois pas ses yeux, comme je revois ceux de sa soeur. Je me souviens pourtant qu'il me regardait lorsque je l'allaitais.
Je me souviens encore de l'angoisse qu'il suscitait chez moi (vers 2ans); lorsque je le disputais, ou le reprenait, il fuyait mon regard en tournant la tête; j'avais l'impression ne pas pouvoir, dans ces moments là, communiquer avec lui.
Ce regard (son regard pour moi...) a toujours été une source d'angoisse ou d'anxiété pour moi; il semblait loucher, il est allé à 18 mois consulter un ophtalmo, ça n'était qu'un epichantus (excusez l'orthographe...). Depuis ça n'y paraît plus. Il n'est pas un enfant facile comme sa soeur peut l'être. Je pense aussi qu'il est en pleine crise oedipienne, son papa étant souvent absent j'en "bave" et me sens souvent comme "la mauvaise mère". Cela ne l'empêche pas d'être adorable et d'avoir des yeux noirs magnifiques!!!

Le regard a toujours été important pour moi, je me souviens toujours de la couleur des yeux , même ceux des personnes que je n'ai vu ou aperçu qu'une fois, et j'ai toujours été frappée par ces enfants qui ne connaissent pas la couleur des leurs (j'ai été enseignante spécialisée et je suis maintenant rééducatrice) comme si aucun miroir n'avait existé, ni celui du regard de leur mère ou entourage, ni le leur, comme s'il y avait un interdit de se regarder, de se voir. Combien de fois ai-je vu d'enfant face au miroir, en rééducation, mais ne se jetant jamais un coup d'oeil, comme pour me signifier une transparence de regard qu'ils auraient eu à subir...
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